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Defense & Security

Gaza : un test décisif pour l’engagement du secteur humanitaire en faveur de la décolonisation ?

Washington DC, États-Unis - 21 octobre 2023 : manifestants pro-palestiniens et anti-israéliens.

Image Source : Shutterstock

by Zainab Moallin , Nosheen Malik , Leen Fouad

First Published in: Mar.19,2024

May.20, 2024

Malgré les variations de gouvernance, les sommes considérables versées pour l’aide internationale et les pourparlers de paix, les territoires palestiniens ne peuvent échapper à la crise perpétuelle due à l'occupation israélienne, qui perdure depuis des décennies.

 

Face à la récente escalade de violence à Gaza depuis le 7 octobre, le monde est confronté non seulement à un nombre alarmant de victimes civiles, mais aussi à une joute médiatique. Beaucoup de questions surgissent quant à la manière dont cette violence est encadrée, décrite et présentée publiquement ou bien sur les "histoires" qui façonnent la perception du conflit par l'opinion publique.

 

Les limites de la neutralité

 

Alors que l'attention mondiale s'est justement portée sur l'analyse des récits forgés par les personnalités politiques et les médias, ainsi que sur leurs conséquences, l’attention s'est beaucoup moins dirigée vers les discours provenant du secteur humanitaire. Des dissensions profondes existent entre les dirigeants et le personnel du secteur humanitaire, mettant en lumière des préoccupations quant à la neutralité. Le personnel souligne notamment le manque de reconnaissance de l'oppression palestinienne de longue date et remet en question la proximité de certains dirigeants d'agences des Nations unies avec le gouvernement des États-Unis.

 

Le refus répété des gouvernements britannique et américain d'appeler à un cessez-le-feu a été relayé par certaines organisations internationales, et celles qui ont pris position, ont tenu un discours peu convaincant concernant les droits des Palestiniens et la responsabilité d'Israël. The New Humanitarian rapporte une fracture entre les acteurs humanitaires du Sud, où la majorité de l'activité humanitaire se concentre et où les décisionnaires sont majoritairement occidentaux du secteur. Cela soulève une question essentielle : le principe de neutralité humanitaire est-il de plus en plus en contradiction avec la décolonisation ? En promouvant une approche objective et non partisane, la neutralité risque involontairement de favoriser le "complexe du sauveur", sous-entendant que seuls les acteurs d’une aide internationale sont capables d'un arbitrage juste et neutre. Cette notion reflète des principes racistes préoccupants, car elle semble donner la priorité aux acteurs internationaux au détriment des membres des communautés locales.

 

Mettre un terme à l’occupation

 

Pour de nombreuses organisations internationales, la neutralité est perçue comme un moyen d'améliorer l’accès aux populations affectées par les conflits. Cependant, si les organisations humanitaires consentent à échanger cet accès contre la vérité et la justice, quel est alors le véritable objectif de l'Humanitaire ? De nombreux professionnels du secteur incitent les organisations humanitaires à sortir de leur neutralité modérée qu'elles ont longtemps cultivée et d’adopter une approche "plus représentative du sud". Comme le souligne un bénévole : "Ce problème n'a pas débuté avec la guerre contre Gaza, nos organisations le savent mieux que personne. Il est quelque peu choquant de constater que certaines hésitent même à mentionner la "fin de l'occupation"".

 

Avant les accords d'Oslo, la majeure partie du soutien apporté aux Palestiniens était de nature "urgente". Toutefois, à la suite de l'accord, l'accent a été mis sur la mise en place d'une structure en deux États - un objectif qui n’a toujours pas été atteint 30 ans plus tard. Cette transition a négligé un aspect crucial : les efforts humanitaires n'ont pas réussi à remédier à la source de ce besoin d'aide, à savoir l'occupation israélienne. La présence de l'UNRWA dans les territoires palestiniens occupés a permis à Israël de maintenir son système de contrôle, sans avoir à assumer la pleine responsabilité des subsistances, les besoins de bases et des droits fondamentaux de la population occupée. En d'autres termes, en ne s'attaquant pas directement à la racine de la souffrance palestinienne, l'aide humanitaire a maintenu les Palestiniens sous assistance respiratoire au cours des 75 dernières années.

 

La relation entre l'humanitarisme et la décolonisation

 

 

Les défis persistants auxquels est confronté le secteur humanitaire ne sont pas sans précédent. La "première vague" d'expansion des ONG mondiales dans les années 1950 et 1960, une période marquée par une décolonisation massive, fut marquée par des efforts humanitaires visant à transformer fondamentalement le destin des nations nouvellement indépendantes. Cette interconnexion entre un monde en décolonisation et l'évolution du domaine humanitaire a ouvert la voie à ses réussites et à ses limites. Toutefois, nulle part les risques moraux de l'action humanitaire au cours de la décolonisation du XXe siècle n'ont été plus visibles que dans le cas de la relocalisation forcée de civils.

 

Les relocalisations forcées, souvent entreprise au nom d'une intervention humanitaire, ont exposé les dilemmes éthiques complexes et les conséquences involontaires qui peuvent découler de la conjonction de l'aide humanitaire avec des agendas politiques et des héritages coloniaux. Aujourd'hui, plus de 80 % de la population de Gaza a été délogée à l'intérieur du pays depuis octobre, tandis que l'offensive militaire israélienne a transformé une grande partie de la région de Gaza en une terre inhabitable, avec des quartiers entiers et des terres agricoles rasés. Bien que le gouvernement israélien n'ait pas publiquement confirmé de plan pour la population de Gaza, le ministre israélien du renseignement, Gila Gamliel, a suggéré en décembre qu'une "possibilité" pourrait consister à "encourager la réinstallation volontaire des Palestiniens de Gaza, pour des raisons humanitaires, à l'extérieur de la bande".

 

 

Un soutien actif à la décolonisation

 

En confrontant les tactiques militaires coloniales d'Israël, le secteur humanitaire doit demeurer fidèle à son engagement envers la décolonisation. Il peut tirer des enseignements dans la manière dont les besoins humanitaires ont été définis durant la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud. Lorsque le mouvement anti-apartheid est devenu un discours politique mondial, il a révélé que les Sud-Africains noirs étaient victimes non seulement d'une injustice raciale, mais aussi d'un système conçu expressément pour infliger des punitions collectives. Un discours humanitaire contre l'apartheid s'est développé, soulignant qu'il constituait un moteur de crise à démanteler. La solidarité mondiale était alors primordiale.

 

La notion de décolonisation n'est pas une quête théorique. Ce n'est ni une métaphore, ni une simple case à cocher. L'engagement du secteur humanitaire en faveur de la décolonisation revêt une importance capitale. En particulier lorsque des familles entières sont décimées, que d'innombrables enfants palestiniens se retrouvent orphelins et que des centaines de milliers de personnes risquent de sombrer dans la famine. Cet engagement est aussi indispensable lorsque les médias occidentaux continuent de véhiculer d'anciens stéréotypes racistes et orientalistes, qualifiant les hommes arabes de "violents" et "sauvages" pour justifier toutes les violences subies par les Palestiniens. La décolonisation implique que le secteur humanitaire doit renforcer les témoignages palestiniens, mettant en lumière la manière dont les Palestiniens ont enduré des décennies d'occupation et d'oppression. L'influence des humanitaires doit être mise à profit de pour obtenir une justice sur le long terme pour les Palestiniens. À défaut, le secteur restera un pansement inefficace sur une blessure vieille de 75 ans.

 

First published in :

ODI

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Zainab Moallin

Zainab est chargée de recherche au sein du groupe de politique humanitaire de l'ODI. Avant de rejoindre HPG, Zainab a travaillé chez ALNAP sur le rapport 2022 sur l'état du système humanitaire et chez CARE International UK avec une expérience de recherche sur une gamme de sujets, notamment la violence sexiste dans les situations d'urgence et la réponse à la sécheresse dans la Corne de l'Afrique. Zainab est titulaire d’une maîtrise en relations internationales de la LSE et d’un baccalauréat en relations internationales et histoire de la LSE.  

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Nosheen Malik

Nosheen est chargée de communication au sein du groupe de politique humanitaire de l'ODI. Son rôle est d’aider à accroître la portée et l’impact du travail humanitaire et de conflit de HPG. Elle est titulaire d’un diplôme en droit et d’une maîtrise en droit international de l’Université de Westminster.  

 

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Leen Fouad

Leen est chargée de recherche au sein du Groupe de politique humanitaire avec une expérience en analyse de conflits et en journalisme. Leen a précédemment occupé des postes d'analyste chez COAR Global et Mercy Corps, où elle s'est principalement concentrée sur le conflit syrien, avec une expérience de recherche dans une gamme de sujets, notamment l'économie politique, la réhabilitation post-conflit et l'accès humanitaire opérationnel. Leen est titulaire d’une maîtrise en violence, conflits et développement de la SOAS de l’Université de Londres et d’une licence en psychologie de l’Université américaine de Beyrouth.  

 

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